dimanche 3 juin 2012

La drogue, Une fiction pour cacher la réalité...


La tête dans les mains, les yeux mouillés, il la regardait, il ne comprenait pas ; comment pouvait il se retrouver ici avec elle, dans ce lieu sans vie, javelisé. Il la regardait, elle qu'il avait connu si souriante, la voir avec ce regard inerte, sans réponse, incapable de bouger de son lit, la bave au coin de la bouche, il avait beau essayer de lui parler espérant voir s'esquisser un sourire sur son si beau visage, rien n'y faisait. Il s'en voulait tellement. Comment n'avait-il pas réussi à prévenir tout ça ? Comment n'avait-il pu empêcher ce désastre ? Il se sentait si coupable...

Il se rappelait leur enfance, ils avaient grandi tout les deux dans le même quartier résidentiel d'une petite ville de banlieue, ils habitaient la même rue. Ils avaient été au collège ensemble ... Ces années, il s'en souvenait comme si c’était hier, les années de l'insouciance où ils étaient devenus comme frère et sœur. Elle, jolie petite blonde à la démarche assurée et lui, le petit garçon timide, ils avaient appris ensemble à se protéger l'un l'autre, ils avaient fait très tôt le pacte de prendre soin l'un de l'autre quoiqu'il leur arrive ... Un pacte à la vie à la mort. Il n'avait jamais douté de leur amitié, il avait souvent été débordé car ses sentiments pour elle étaient trop fort et le troublaient, il avait peur de la perdre tout en rêvant en cachette à leur futur mariage et à leurs futurs enfants ...

Il se rappellait comme si c'était hier ce terrible jour, avant le bac, où elle lui annonça qu'elle avait rencontré Paul, qu'elle était amoureuse et qu'elle partait l'année prochaine loin de lui pour faire effectuer ces études en Ecole d'ingénieurs. Ce fut pour lui une déchirure, un double éloignement physique et sentimental qu'il n'avait pas prévu ... Il essaya de ne rien lui montrer afin qu'elle ne s’inquiète pas pour lui, il la voulait heureuse et épanouie et son amour pour Paul la faisait resplendir. Les premières années après le lycée, il partit étudier à l'université, par défaut car il n'avait pas de véritable projet défini à l'époque, sa seule volonté était d'arriver à cicatriser la blessure de l'avoir si loin de lui ... Ils étaient restés en contact et leur pacte tenait toujours ... Elle ne le lâchait pas et se souciait constamment de son bonheur et de sa réussite, elle voulait lui donner confiance en lui et surtout elle ne supportait pas de le voir gâcher ses possibilités ... Mais malgré son bon vouloir elle n'avait pu empêcher sa descente dans les abymes.

En effet afin de masquer son mal être et sa timidité, il avait petit à petit trouvé refuge dans l'alcool. Cela lui avait donné à cet époque le sentiment de vivre ; autour d'un verre sa langue se déliait et sa confiance en lui augmentait, il avait la sensation d'oublier tout ses problèmes, ses difficultés scolaires, l'échec de sa vie amoureuse, il se trouvait des amis. Ces excès lui faisaient peur, elle les voyait, elle les sentait même s'il essayait de ne pas les lui montrer ... Toutes les histoires de soirées, de beuveries, ne lui donnaient guère confiance ; lorsqu’il fallait aborder les sujets importants, il bottait en touche ...
Il se rappellerait toujours ce jour où pour la première fois, on lui tendit ce CD ... " Va y essaye, tu vas voir c'est pas méchant, ça va te donner un bon coup de boost ". Les mois qui ont suivis, les soirées interminables, il s'était senti le roi du monde, il avait eu le sentiment pour la première fois dans sa vie que rien ne pouvait lui résister, les filles, la vie ... Il avait un projet différent chaque jour, il était devenu si intelligent qu'il avait préféré mettre ses études de coté tout en préférant ne pas lui dire ; elle ne comprendrait pas bien sûr, elle qui était si obnubilée par la réussite dans les études. A cet époque ça l'énervait car à chaque fois elle remettait en question ses projets, trouvant toujours quelque chose à redire, il trouvait qu'elle n'avait pas assez confiance en lui ... Elle voyait bien qu'il ne tournait pas rond, que ses idées n'étaient pas claires et que tout cela semblait faux. Dès qu'elle essayait de lui parler de drogue, de prendre soin de lui, lui conseillait de voir un psy, il prenait directement la mouche ... Ils en arrivèrent, un soir de juin, à s'engueuler violemment et ne se parlèrent plus pendant plusieurs mois ...

Qu'avait-il loupé ? Pourquoi n'y était-il pas arrivé ? La voix de sa mère résonnait encore dans sa tête : " vous êtes responsables de son état. "
C'est pourtant elle qui, un matin de décembre, traversa toute la France dans la journée après qu'il l'eut appelée à l'aide, incapable de bouger, recroquevillé dans un coin de son appartement, pris de crises de tremblements et d'angoisse. Elle avait tout laissé derrière elle et était venu à sa rescousse en si peu de temps ... Elle l'avait accompagné aux urgences et avait veillé sur lui pendant plusieurs jours. Il avait touché le fond, toutes ses illusions s'étaient écroulées un matin sous ses pieds il s'était retrouvé face à lui même, à ses faiblesses, à ses échecs, il avait bien pensé en finir mais avait été trop faible pour le faire ... il avait préféré l'appeler à l'aide. Il avait eu raison car durant les mois qui suivirent elle allait, au nom de leur amitié et de sa détresse, se mettre entièrement à son service, mettant de côté son travail et son couple ... elle allait dans un premier temps le forcer à se faire suivre, elle allait l'aider à trouver du travail, elle allait éponger toutes les dettes contractées auprès de ses faux amis, elle allait lui redonner goût à la vie, en sa vie, en lui ; lui donner des espoirs en lui. Il lui devait tout, il était passé tout près, ces moments passés avec elle furent pour lui une bénédiction, il avait compris ses erreurs, il avait touché le fond et, pour elle, ne comptait plus y retourner ... Il voulait lui donner la satisfaction de ne pas avoir fait tout ces efforts pour rien, il voulait qu'elle soit fière de lui. Grâce à elle il avait réussi à retrouver un travail dans lequel il se plaisait, dans lequel il s’épanouissait. Pour une fois il avait le sentiment d'aller au fond des choses. Il fut heureux lorsqu'il appris qu'avec Paul elle revenait habiter sur la capitale pour un nouveau boulot ... L'année qui suivie fut magique, leur amitié s'était renforcée, elle lui parlait de ses futurs projets, lui était heureux, ses cicatrices s'étaient refermées ...

Quand elle en avait eu besoin, il avait pourtant été là. Les larmes, la colère rugissaient de plus en plus en lui, contre lui ... Il était sur le point d'exploser ...
Il s'en souvenait de ce soir où elle avait débarqué en pleurs, la voix tremblotante, essayant de lui expliquer que Paul était parti, qu'il avait annulé les fiançailles après 7 ans de vie commune et d'amour passionné ... elle était déchirée ... Il avait été là chacun des jours et des nuits qui suivirent à la consoler, à la surveiller, à ne pas la laisser seule. Il avait passé tous ces mois à lui faire penser à autre chose, à la sortir, à lui redonner le sourire, il ne supportait pas de la voir si triste ... Pour la première fois de sa vie, il la voyait fragile, désarçonnée ... Il se devait d'être là, c'était à son tour de jouer le pilier sur lequel prendre appui...
Après des mois difficiles, elle avait retrouvé son sourire, cette épreuve et le temps passé ensemble les avaient encore plus rapprochés. Cette proximité avait fait renaître en lui des sentiments oubliés depuis longtemps, il avait senti que cela pouvait être le moment, que ces épreuves avaient pu être un mal pour un bien et que l'histoire se terminerait bien ... En y repensant il n'aurait jamais du partir ce week-end là pour le travail. Lorsqu'il était revenu alors qu'il pensait lui offrir cette bague qu'il venait d'acheter, elle était tout excitée, le sourire aux lèvres ; elle avait rencontré via un collègue de bureau, un mec génial, ils avaient passé une soirée de folie, elle se sentait revivre ... Elle passa sa soirée à lui raconter tous les détails, ce fut douloureux pour lui. Il essaya bien, ce soir là, de lui faire comprendre ses sentiments mais il s'y prit maladroitement et elle lui fit rapidement comprendre qu'entre eux ce n'était pas possible, c'était comme de l'inceste... Il comprit qu'il avait une nouvelle fois laissé aller son cœur ... Il décida de prendre un petit peu ses distances afin de pouvoir ne pas mettre en péril leur amitié ...

Finalement il avait échoué là où elle avait réussi se dit-il.
Cette distance lui fit du bien, elle lui avait permis, pour la première fois, de faire une très belle rencontre. Lorsqu'ils se revirent après plusieurs semaines, il était en joie de pouvoir lui en parler, tout extasié de pouvoir lui confesser son bonheur, mais elle n'avait pas semblé réceptive à son histoire. Elle ne parlait que de lui, de ses nouvelles rencontres, de ses nouvelles soirées. Pour la première fois il fut surpris de l'entendre, elle si réservée à l'accoutumée, parler de sorties, de fêtes, elle était heureuse ... Pour elle, ces 7 ans de vie de couple l'avaient privée d'une partie de sa jeunesse et elle comptait bien se rattraper ...
Il l'avait pourtant alertéer lors des premières soirées qu'il passa avec elle, il n'était pas dupe, il avait connu ce type de milieu, les aller-retours suspects dans la salle de bains ou dans les toilettes, le débit rapide des voix, les gestes compromettants. Dans un premier temps il avait mis ça sur le compte de sa paranoïa, il avait tendance, en soirée, à voir le mal partout depuis ses mésaventures...
Mais plus les semaines passaient, plus ses comportements l’inquiétaient, elle ne l'appelait plus, repoussait des dîners, oubliait des rendez-vous ... Ses explications et ses histoires devenaient souvent contradictoires.
Un midi, lors d'un déjeuner, il l'avait poussée dans ses retranchements, lui expliquant qu'il voyait bien ce qui se passait, les soirées, ses nouveaux amis, la drogue qui circulait, il la prévenait de faire attention, de se rappeler des dégâts que cela pouvait engendrer ... Mais elle ne semblait pas inquiète, elle lui disait qu'elle était grande, majeure et vaccinée, qu'elle gérait sa vie ... qu'elle était forte, qu'il n'avait pas à s’inquiéter, que la cocaïne n'était pas une drogue si diabolique que cela tant qu'elle était prise avec modération ... Que cela n'était pas son problème si lui n'avait pas su gérer sa consommation ... Il essaya en vain de la mettre en face de ses réalités ... elle finit par se mettre en colère, il était devenu rabat joie et l'empêchait de vouloir être heureuse, il était selon elle jaloux et n'était pas objectif.
Il essaya en vain de prévenir son entourage, il avait même fini par en venir aux mains avec son nouvel ami. Un soir, lui demandant de choisir entre son amitié et lui, elle lui avait tourné le dos ...

Depuis ce soir là il ne l'avait pas revue. Lorsque l'Hôpital l’appela on lui expliqua qu'on l'avait trouvée errant toute seule dans la rue à moitié dévêtue ... Sans doute un LSD, un produit de synthèse, l’hôpital ne savait pas trop, il n'avait trouvé que son numéro dans son portefeuille en premier à appeler en cas d'urgence ...
Tout était allé si vite, il ne comprenait pas, il souffrait, ne supportait pas ce qu'on avait pu lui faire, il se sentait coupable ...
Les larmes aux yeux, il lui fit un bisou sur le front lui susurrant ces mots " Je ne sais pas si je vais revenir, soit forte, je t'aime ".

A peine sorti de l'hôpital il fuma une cigarette, prit son portable, composa un numéro : " Allo Djib, c'est moi... J'ai besoin de quelque chose... Ok même lieu même heure.... Par contre je vais avoir besoin que tu me rendes un service particulier ... Pourrais tu me trouver ... "

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire